La compagnie
Les Mégères de l’Humus est une compagnie de théâtre éco-queer, féministe et artiviste. Elle voit le jour en 2022 sur le territoire audois grâce à la rencontre fortuite de Sabine, Suzie, Delphine et Marie. Toutes les quatre sont en constante réflexion, elles observent et questionnent le rapport qu’elles ont au monde.
Sabine et Suzie sont comédiennes et sont à l’origine du projet des Mégères de l’Humus. Elles pratiquent un théâtre de l’intime et proposent aux spectateur·ice·s un voyage qui l'implique dans l'acte théâtral. C'est autour d'une envie forte d'ancrage, d’échange, d’indépendance et de beauté, qu'elles se sont retrouvées.
Delphine et Marie, elles, sont deux amoureuses de la culture et ont décidé de soutenir Sabine et Suzie en créant la structure d'accueil adaptée, l’association loi 1901 Les Mégères de l'Humus.
La compagnie a été créée pour deux raisons essentielles : travailler à notre rythme et faire nos propres créations. En effet, nous ne nous sommes jamais identifiées à la dynamique de cette société capitaliste et patriarcale qui valorise la productivité, la richesse et la domination.
Pour protéger notre santé mentale et physique nous avons décidé de nous extraire de ces schémas en valorisant plutôt la créativité, le soin et la lenteur. Faire du spectacle vivant est notre manière à nous de militer dans la joie et la bonne humeur. Sur scène, nous voulons parler des sujets qui nous tiennent à cœur en toute liberté. Et ce qui nous tient à cœur c’est de dénoncer et lutter contre toutes les oppressions systémiques.
“ Il est essentiel de prendre le temps de prendre le temps. ”
Rien que ça ! Alors nous nous nourrissons intellectuellement, politiquement, socialement, humainement pour transmettre tout ce que nous apprenons aux petit·e·s et aux plus grand·e·s. Nous nous éduquons avec l’aide de notre public et nous réinventons des espaces dédiés aux relations intergénérationnelles. Enfin nous osons construire le monde professionnel et artistique bienveillant dont nous rêvions depuis toujours. Alliant fantaisie et poésie, humour et sensibilité, les Mégères de l'Humus cultivent un univers politisé, touchant et merveilleux.
Nous faisons partie intégrante de la nature et nous l’oublions si vite, toustes accaparé·e·s par nos rythmes effrénés. Mais ne vous inquiétez pas car nous sommes là pour vous faire ralentir la cadence, vous apporter réconfort, joie et de quoi vous remplumer pour vos futures luttes. Et oui car nous sommes Les Mégères de l’Humus ; nous papotons et œuvrons pour un monde chaque jour un peu plus doux et juste. Enfin, nous faisons de notre mieux et à notre échelle.
Delphine, Marie, Suzie & Sabine
Et pourquoi les Mégères ?
D’après le dictionnaire Le Robert, une mégère est “une femme méchante et criarde”. Dans le langage familier, les mégères sont des femmes qui discutent entre elles et qui alimentent les potins de leur quartier. Nous appelons aussi ces femmes des commères ou des rombières. Ces jolis noms d’oiseaux sont peu avantageux et ont une connotation péjorative. Par curiosité, nous avons cherché s’il existait des adjectifs similaires pour parler des hommes qui discutent entre eux. Et bien figurez-vous qu’il n’en existe pas ! Compère signifie camarade, rombier est un synonyme de soldat et le mot mégère n’a pas son ascendant masculin ! Et oui, il ne faut pas oublier que nous vivons dans un monde où le patriarcat règne en maître et où les afab, assigned female at birth, sont soumises à des jugements dévalorisants juste parce qu’elles sont nées et reconnues comme femmes. Et cela les poursuit jusque dans le dictionnaire. Alors nous avons décidé de remettre au goût du jour ses mots si indélicats, se les réapproprier et être fières d'être de terribles Mégères ! Car ces avec les mots que l'on pense le monde. Et alors pourquoi ne pas avoir choisi de s'appeler les Commères de l'Humus ou les Rombières de l'Humus ?
Lorsque nous étions à la recherche d’une figure symbolique de femmes puissantes nous sommes revenues à notre amour premier du théâtre autour des histoires et de la mythologie. C'était important pour nous de toujours faire appel à nos racines. Nous avons alors redécouvert avec plaisir le mythe des Erinyes. Et oui ! La mégère en est une référence directe : Les Erinyes sont de très anciennes déesses persécutrices et nous en connaissons trois. Il y a Tisiphone - la vengeance, Alecto - l’implacable et Mégère - la haine. Elles représentaient les lois de l’ordre moral, les faisaient respecter et châtiaient les humain.e.s qui les transgressaient. Les Erinyes étaient redoutables, intransigeantes et cruelles. Rien ne pouvait les écarter de leur mission et elles avaient tous les droits. Craintes des divinités et des humain.e.s, elles étaient marginalisées et vivaient dans l’Erèbe, les ténèbres des Enfers. Les Erinyes sont des êtres avec une symbolique puissante que nous avons décidé de nous approprier librement sous le prisme du féminisme.
Les Érynies poursuivent Oreste pour avoir tué Clytemnestre
Et l'humus dans tout ça ?
Et bien c’est un peu le phénix des forêts. L’humus c'est cette couche de terre noire et granuleuse qui sent bon la fraîcheur et les sous-bois quand on en prend dans nos mains. Il se crée par la décomposition des matières organiques - feuilles, écorces, carcasses, excréments. Il est entretenu par l'action combinée des animaux, des bactéries et des champignons du sol. C’est donc un sol vivant qui se régénère grâce aux déchets de son environnement. Et ses bienfaits sont considérables ! L’humus apporte beaucoup de nutriments essentiels pour toute la faune et la flore d’une forêt. Le mot humain.e vient d’ailleurs du latin «humus», qui signifie terre. Il y a de la vie dans la mort et de la mort dans la vie. Contrairement à ce que notre société occidentale veut nous faire croire, l’une est toujours accompagnée de l’autre. Si l’une advient, l’autre adviendra quoi qu’il arrive. La vie ouvre à la certitude de la mort et c’est parce que nous sommes mortel.le.s que la création survient. Nous voulons célébrer la mort autant que la vie, créer des liens intergénérationnels pour retrouver notre humanité.